2007_05_12 Corse - Visite du Domaine E Croce Y Leccia

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Visite du domaine d'E Croce chez Yves Leccia par Philippe Ricard

 

 

Visité le 12 Mai 2007

 

 

Présentation : formation et historique du Domaine

Yves Leccia, œnologue de formation, est vigneron depuis maintenant 25 ans environ.

Après avoir passé toute sa vie au domaine familial, il s’en sépare après avoir vinifié le Millésime 2004 en blanc.

Avec une partie de ses vignes, plus 8 ha en location, il a créé un nouveau domaine portant le nom de son plus beau terroir, E Croce.

 

Remarié depuis peu, sa femme (alsacienne ayant aussi baigné dans le milieu du vin…) lui apporte son aide sur la logistique de vente et de gestion, ainsi que sa sensibilité artistique (elle a conçu le nouveau logo du domaine ainsi que les étiquettes des vins).

 

Nature de l’encépagement et du sous-sol

La particularité de l’appellation Patrimonio est son sous-sol : sa nature argilo-calcaire mêlé de schistes est en effet unique sur l’île de Beauté.

 

Du partage du domaine familial, il a conservé 4 ha des cépages suivants :

  • en rouge, Nielluccio, cépage identitique au célèbre Sangiovese Toscan.
  • en blanc , Vermentino (appelé Rolle en Provence)

Yves Leccia a pris en location 8 ha supplémentaires de vieilles vignes de 50 ans réparties comme suit :

  • grenache noir (traditionnellement utilisé en Corse, mais aujourd’hui délaissé au profit du Niellucio)
  • ugni blanc

L’encépagement n’étant pas jugé suffisamment satisfaisant (entre autre non reconnu par l’AOC), ces vignes sont peu à peu arrachées puis replantées (la moitié ayant déjà été renouvelée) pour faire la part belle au Vermentino, au Bianco Gentile (seule une petite poignée tente de lui redonner ses lettres de noblesse) et au Muscat, actuellement absent du nouveau domaine (quel dommage, il le vinifiait tellement bien !).

 

A noter l’infleunce maritime du golfe de St Florent, très propice à une bonne maturité, ainsi que l’importance des vents forts qui balayent la région (sirocco).

 

Travail à la vigne : taille, travail des sols, traîtements, effeuillage, vendanges au vert

Yves Leccia est un vigneron modéré et honnête.

Ce n’est pas un engagé sur la voie du tout bio, ni un forcené de la sulfateuse : la culture est traditionnelle, avec des traitements minimalistes, dictés par des besoins essentiels, des amendements uniquements organiques.

Son objectif est la préservation de la terre qu’il devra un jour transmettre dans un état identique à celui hérité des anciens.

Le souci de l’enracinement en profondeur est permanent : enherbement des vendanges jusqu’en mars, labours de surface (l’herbe est une concurrente sur des sols si pauvres, sans parler des risques d’incendie estivaux…), déchaussement mécanique.

Taille courte en cordon Royat à 4 porteurs, ébourgeonnage manuel, effeuillage au besoin (loin d’être systématique), la vigne finit par trouver son équilibre (vendanges au vert quasiment inutiles).

Sans prendre de risques inconsidérés, les vendanges, manuelles, sont déclenchées à pleine maturité, ce qui commence à poser quelques problèmes du fait d’un constat de réchauffement climatique se traduisant localement non seulement par des dates de plus en plus anticipées, mais aussi par des maturités alcooliques beaucoup plus précoces que les phénoliques.

Ce constat ne concerne d’ailleurs pas uniquement la Corse…

 

Nombre de grappes par cep, densité et rendement à l’hectare

La densité de plants est de 4000 pieds à l’hectare, dans la moyenne locale, avec des rendements de l’ordre de 40 hl/ha.

 

Philosophie de vinification

Yves Leccia a immédiatement réinvesti sur du matériel de vinification de qualité, issus des dernières technologies.

Toutes la cuverie est inox thérmo-régulée.

 

Sans rechercher des profils extrêmes, les raisins les plus mûrs possible sont ici recherchés.

Ils doivent être parfaitement sains, avoir un équilibre naturel irréprochable (aucune correction ultérieure).

 

En blanc, sans rechercher des températures trop basses, la maitrise du froid est prioritaire (17 à 19°) dans un souci d’élégance et de caractère aromatique fruité et floral.

Les raisins sont pressés entiers, levurés (moût trop pauvre), puis élevés sur lies fines.

Aucun bâtonnage : la naturel du vin est privilégié.

Pas de fermentation malolactique, puis 6 mois de cuve.

A noter un héritage volontaire de CO² de la fermentation, préservé avec finesse dans le souci de rendre les vins plus aériens, plus légers et de combler parfois un léger déficit d’acidité pour ces vins méridionaux.

 

Les rouges sont éraflés, puis macérés entre 10 et 15 jours entre 25 et 30°, avec remontages journaliers.

Après décuvage, les jus de presse et de goutte sont assemblés en intégralité pour terminer leur fermentation malolactique.

S’ensuit un élevage de 12 mois minimum en cave.

 

Le rosé est obtenue par saignée sur les cuves de rouge (100% nielluccio).

Toujours pas de fermentation malolactique et un élevage de 6 mois en cuve.

 

Que recherchez vous dans vos vins ?

« Mes vins ne doivent pas être des vins de dégustation, mais des vins de plaisir. Pour moi, un bon vin est celui dont on se ressert avec envie ».

Ainsi Yves Leccia privilégie la finesse, l’élégance, la fraîcheur, la droiture, la précision aromatique plutôt que la puissance, la force démonstratrice, la concentration des matières.

Il essaie de faire des vins du sud qui n’en ont pas les excés, mais qui parviennent à préserver une fraîcheur pas toujours évidente.

Avec une réussite à souligner.

 

Quels millésimes retenez-vous en particulier ?

1985, car c’était le premier « bon » millésime.

1987, superbe.

1990, carrément grand !

2000, affreux, alors que ce millésime emblématique étant vraiment attendu !

 

Quels conseils de service donneriez-vous ?

Pour les rouges, carafage préférable de 1 à 2 heures, puis service vers 16°. Les viandes de caractère sont les bienvenues, notamment le sanglier de l’île, partenaire privilégié des repas hivernaux.

Pour les blancs, pas de carafage : il tuerait la présence du CO² recherchée volontairement par le vigneron.

Bien sûr, pour ceux que cela dérange, un carafage d’une heure suffit à faire disparaître le gaz…

Service à 10° sur des poissons (bar au fenouil, dorade au citron confit), sur des volailles, des préparations méditerranéennes et les fromages de chèvre (surtout corses !).

 

J’oubliais le rosé !

Coloré, de caractère, puissant, épicé, il est à mille lieues du profil insipide des cuvées honteuses proposées par la plupart des tables de France et de Navarre.

Servi relativement frais (8°), c’est un formidable compagnon des charcuteries locales bien relevées, des tagines ou autres couscous.

 

Quels sont les vins que vous aimez ou aimeriez avoir dans votre cave personnelle ?

« Beaucoup de choses ! »

Son faible va pour Chablis, les chenins de Loire et le Rhône Septentrional.

Pour sa femme, c’est le Sancerre de Mellot, le Champagne de Jacquesson, les vins de Richaud et les Chablis de Laroche.

Par contre, leur intérêt pour le Bordelais ou la Bourgogne est mesuré.

 

Votre plus grand souvenir dans un verre…

Yves Leccia n’a pas de souvenir particulier en tête.

Mais pour sa femme, le souvenir ému d’un Dom Pérignon (1967 à priori), première expérience d’un grand Champagne, lui rappelle un bien grand moment !

 

A vos yeux, quels sont les hommes et les femmes qui comptent dans l’univers du vin ?

Homme fort discret, Yves Leccia est un indépendant qui se méfie des influences et des modes.                         .

Il suit son chemin avec humilité, privilégiant les échanges privés avec quelques vignerons de confiance.

Ce qui vous énerve…

Tous les vignerons qui se prennent pour des stars.

« Ils oublient un peu vite leur origine de paysan ».

Il faut dire que l’homme est particulièrement modeste, discret, voire effacé.

Ce qui n’empêche ni le caractère ni le talent de bouillir dans ses veines…

 

A refaire, vous serez vigneron ?

« Je ne sais rien faire d’autre. C’est vrai que, des fois, c’est dur. Mais je n’envie personne ».

D’apparence assez solitaire, Yves Leccia regrette un peu l’exclusivité de ce monde : sa vie y est intégralement consacrée et il regrette un peu le temps où les anciens étaient des « touche-à-tout », s’occupant de la vigne, des bêtes, des fruits…

 

 

 

Dégustation

 

Cuvée YL blanc 2006 (Vin de Pays à base de 70% de Vermentino et 30% d’Ugni)

Robe claire, paille aux reflets verts.

Nez frais, d’intensité sincère, très floral (fleurs blanches)

Bouche fraîche, fringante, élégante, un vrai vin sympathique, très bien fait, immédiatement séducteur.

Je le verrai bien sur mes planchas estivales : seiche, gambas, poisson.

 

Patrimonio blanc 2006

La robe est presque la même que la précédente.

Nez un peu moins expressif, certes toujours floral (toujours fleurs blanches), mais sur la retenue, la finesse, une tension plus perceptible.

Bouche toujours fraîche, mûre et tendue à la fois, plus minérale, très florale et plantes aromatiques.

Sans être d’une complexité majeure, il ravit par son élégance et sa finesse, ce qui est une réussite pour un vin du sud, ainsi qu’une persistance en fin de bouche.

 

Patrimonio rosé 2005

Robe bien colorée, sur un rose-cerise intense.

Vin sympathique, élégant et puissant à la fois, expressif, gourmand, sur un profil floral et fruité, avec des notes d’amande fraîche, de groseille et une finale relevée par une touche poivrée. Un joli rosé.

 

Cuvée rouge YL 2006 (assemblage nielluccio et grenache noir)

Robe colorée, presque violine, assez mate.

Vin simple et franc, sur une belle expression de fruits rouges, le kirch, les fruits à l’alcool, mais aussi les épices, dans un style assez typé, mais immédiatement accessible, souple et gourmand.

A su rester frais et facile, un vin à boire !

 

Patrimonio rouge 2005

Robe mate, rubis, bien colorée, avec des reflets violine.

Vin bien juteux, avec bien peu de rusticité : épicé, puissant, ample, il marque un peu son caractère du sud par la présence d’un peu d’alcool, de cerises à l’eau de vie, mais a su préserver une finesse d’arômes et de textures relativement distinguées, à défaut d’une grande complexité.

 

 

La table d’hôte

A savoir que le domaine accueille les clients non seulement pour des dégustations de ses vins, mais aussi en table d’hôte.

A notre demande, un superbe choix de charcuteries et de fromages locaux a magnifiquement accompagné notre halte.

Sans parler des fiadones à la noix de coco et au chocolat !

Miam !

 

Une visite vraiment recommandée…

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