2008_02_20 Visite Mas Jullien - Languedoc

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Récit d'une visite du Mas Jullien dans le Languedoc, par Philippe Ricard.

MAS JULLIEN

 

 

Visité le 20 Février 2008

 

J'ai profité de mon passage au salon Vinisud 2008 pour rendre une petite visite au Mas Jullien.

Pendant cette semaine intense où bien des professionnels se rendent dans la région, le domaine a exceptionnellement ouvert ses portes (normalement closes en cette saison hivernale).

Ainsi a-t-on gentiment accepté ma présence parmi un groupe de cavistes et vignerons.

 

Contrairement à mes habitudes bavardes où j'aime dialoguer avec les vignerons, je me suis naturellement tenu en retrait, déjà trop heureux d'être invité...

Je m'entretiendrai plus étroitement avec Olivier Jullien au cours d'une prochaine visite, moins officielle, par exemple lors du retrait de ma première allocation en direct...

 

J'ai donc déjà profité de la visite des installations et d'une dégustation très complète.

 

Dégustation en bouteilles

Je découvre véritablement l'ensemble de la gamme à un moment propice : après 20 ans de travaux, Olivier Jullien semble avoir trouvé « Son Vin » : connaissance des terroirs, maîtrise de la plante, des élevages, il parait jouir enfin d'une certaine satisfaction du travail accompli.

Revue de détails dans des conditions donc optimales...

 

Vin de Pays 2006 (16/20)

Olivier Jullien semble très satisfait de sa parcelle de Carignan blanc achetée 3 ans plus tôt et qui entre intégralement dans cet assemblage.

Outre le carignan (50%), ce vin contient 25% de grenache blanc ainsi qu'une multitude de « petits cépages » (chenin, viognier, roussanne, clairette, manseng).

Généralement pas de malo (pH très bas), élevage en demi-muids, assemblage en Août 2007, filtration et mise en septembre 2007.

  • Nez pur, frais : grillé, noisette, beurre, fleurs blanches. Encore juvénil, mais la complexité est sous-jacente.

  • Bouche cristalline, toute en finesse et droiture. Equilibre magistral pour un vin languedocien qui sonne juste et précis. Tellement rare qu'il faut ici le souligner...

Coteaux du Languedoc Carlan 2006 (14,5/20)

Voici encore un terroir récemment révélé et qui enchante Olivier Jullien.

Terrasses schisteuses et gréseuses, élevées entre 200 et 400 m d'altitude, exposées au levant, elles sont majoritairement réservées à de vieux grenaches, épaulés de carignan et de cinsault.

Le résultat est excitant : un véritable terroir de pierre à aiguiser !

L'assemblage est environ de 70% grenache, 20% carignan, le reste en cinsault, plus une touche de syrah.

L'élevage est en foudre neuf de 20 hl (avec une exigence particulière pour des séchages de bois très longs), pendant 1 an, avant mise en bouteille.

  • Robe violine éclatante

  • Fruit jaillissant, aspect floral aérien, touche poivrée, ensemble frais, net, un rien pointu : pas de relâchement.

  • Caractère immédiat, évident. Acidité en relief, grain serré, belle finesse aromatique, minéralité expressive : la bouche est fraîche, tenue avec rigueur.

 

Coteaux du Languedoc Etats d'Âme 2006 (15,5/20)

Grenache majoritaire dans cette cuvée qui semble donner beaucoup de satisfaction à son géniteur.

Elevée pendant un an en demi-muids, puis assemblage, puis remise en cuve avant mise en bouteille.

  • Toujours cette robe éclatante, pourpre sombre.

  • Nez sincère, mûr : noyau, cerise, réglisse, le fruit est superbement mis en valeur, avec une pureté saisissante.

  • Bouche sphérique, prise par une maturité croquante, une expression aromatique précise, un grain subtil, une matière où l'équilibre et la fraîcheur mériteraient d'être montrées en exemple pour toute la région...

 

Coteaux du Languedoc 2005 (16,5-17/20)

Assemblage carignan, mourvèdre et syrah, cette cuvée, sans nom particulier, est le « haut de gamme » du domaine.

L'élevage diffère des Etats d'Âme par une seconde année (après celle écoulée en demi-muids) en foudre de grande capacité.

En 2005, la réussite est évidente et Olivier Jullien se plait à dire que ce vin s'impose à lui : « ce n'est pas moi qui aime le vin, mais bien lui qui m'aime... ».

  • Très jolie robe, pourpre, profonde, brillante.

  • Nez plus « sérieux », intense, compact, un rien fermé. Cerise noire, cassis, herbes aromatiques, encre, poivre, style mûr, frais, profond. Notes d'élevage en retrait.

  • Bouche saisissante de pureté, de fraîcheur et de densité. Ensemble intense, droit comme un I : minéralité et tanins apportent une structure remarquable, dans un équilibre exemplaire.

De mémoire, le plus beau rouge que j'ai bu dans cette région...

 

 

Dégustation en cours d'élevage

 

Coteaux du Languedoc 2006 (non noté)

Le vin, assemblé, a déjà fait sa première année d'élevage en demi-muids.

Il est maintenant en foudre pour sa seconde année d'élevage.

Son approche est déjà exceptionnellement « facile »...

  • Fruité impactant. Cerise, olive noire, réglisse, herbes aromatiques, le style est direct, frais et déjà très pur.

  • Bouche de caractère et d'harmonie : volume, densité, gourmandise, l'ensemble affiche une plénitude presque aboutie. Très beaux tanins structurants et équilibre toujours exemplaire. De la classe...

Encore une très belle réussite qui n'a pas grand chose à envier au millésime précédent, en tout cas dans le verre.

 

Syrah sur calcaire 2007 (non noté)

  • Odeurs d'hydrocarbure, de réglisse, de fleurs. Fruité intense. Ensemble puissant.

  • Matière serrée, fraîche, minérale, avec des notes d'encre. Structure tannique évidente.

 

Carignan sur sol ferreux 2007 (non noté)

  • Senteurs plus fraîches et tranchantes. Notes de fraise, cassis. Toujours précis.

  • Bouche onctueuse, avec de la douceur, une sensation plus caressante.

L'ensemble se goûte déjà très bien, sans encore beaucoup de profondeur, mais au potentiel qui devrait se révéler dans son année d'élevage.

 

Mourvèdre 2007 (non noté)

  • Premières olfactions sur les hydrocarbures, l'olive, les plantes aromatiques. Puis affirmation florale puissante (jasmin) et fruits noirs intenses. Ensemble fortement aromatique.

  • Matière à la maturité saisissante, profonde, à la finesse de tanins exceptionnelle. Superbe structure !

 

Grenache 2007 (non noté) - destiné à la cuvée Carlan

  • Fruité dominant : fraise, framboise, groseille. Seul bémol, heureusement furtif : quelques relents de colle Scotch, assimilé par Olivier Jullien à un défaut lié à une vendange non foulée. Semble disparaître au fur et à mesure de l'élevage.

  • Bouche perçante ! Aspect salin, minéral, tout en tension. Persistance énorme ! Et déjà du plaisir...

 

Il est étonnant de noter une approche déjà très plaisante de vins en début d'élevage : chaque cépage, bien avant assemblage, se déguste déjà fort bien isolément...

 

Coteaux du Languedoc 2007 (15/20)

Dégusté juste avant la mise.

  • Couleur rose tendre

  • Nez gourmand, très aromatique et plein de fraîcheur : pêche de vigne, pomelo, guigne.

  • Bouche pimpante, à l'équilibre et le fruit dynamiques. Un rosé élégant et parfaitement tenu, à l'expression profondément naturelle et vineuse.

Voici mon 1er achat de rosé de ma vie !

 

Carignan 2007 (non noté)

  • Robe très claire

  • Nez pur, précis : amande fraîche, léger grillé, fleurs blanches.

  • Bouche fraîche, irresistible de finesse et d'élégance. Finale cristaline qui donne l'impression d'avoir bue une eau de roche.

 

Assemblage grenache + petits cépages (non noté)

  • Robe très claire

  • Nez toujours aussi frais, mais plus aromatique : floral, pêche blanche, pamplemousse, citron.

  • Si le carignan apporte de la tension, ces cépages offrent plus de générosité : rondeur, gourmandise, richesse aromatique. Sans exubérence, avec même une certaine pudeur (on n'est pas dans la largeur du blanc de Daumas Gassac), mais dans un ensemble terriblement croquant.

 

On comprend alors très bien l'équilibre de l'assemblage final.

 

 

Conclusion

Ma connaissance des vins du domaine était balbutiante avant cette visite.

Si j'avais pu en apprécier certains aspects, je n'en avais jamais pris la pleine mesure.

J'en sais maintenant davantage.

 

Olivier Jullien a toujours eu la réputation d'un homme avant-gardiste pour le Languedoc.

Sur ce point, rien ne semble avoir changé...

 

Les raisons ?

D'abord une connaissance quasi parfaite de ses terroirs et une osmose avec eux : choix de cépages, culture de la vigne, entretien des sols, tous les choix semblent parfaitement adaptés aux lieux sélectionnés.

Olivier Jullien en reste persuadé : on n'a pas encore trouvé, ou exploité à leur mesure, les plus grands terroirs languedociens. Ça semble une de ses obsessions...

Ils restent pour la plupart à découvrir et sans aucun doute, il montre la voie en la matière.

Ensuite une vinification des plus précises : extraction juste, élevage maîtrisé (au service du raisin et non l'inverse), on trouve ici une autre clé des équilibres remarquables de ses vins.

 

Les résultats sont élogieux...

  • Tout d'abord, des équilibres exemplaires, davantage l'apanage de régions plus septentrionales.
    Si la pleine maturité des raisins semble ici une évidence, elle n'est pas obtenue au détriment de l'acidité. Et vis et versa (contrairement à une pratique qui semble se démocratiser dans les régions « sudistes » : vendanger plus tôt pour sauvegarder ce qu'on peut d'acidité et enchaîner par des vinifications et élevages de plus en plus sophistiqués pour embellir les matières).

  • Une définition aromatique d'une rare précision : à ce niveau là, on parle plus facilement de pureté.

  • Des matières à la fois profondément structurées, tanniques (des tanins « actifs » comme dit Olivier Jullien, pas des exercices de style au soyeux démesurément ambitieux, plutôt un apport de grain très précis), mais aussi pleines de finesse. Le résultat final est une tenue impeccable.

  • Une immédiateté saisissante de la plupart des vins. Si l'extrême jeunesse n'apporte pas ici la complexité escomptée (mais la profondeur des matières laisse entrevoir des potentiels évidents avec le temps), on profite déjà d'expressions apparemment épanouies, au plaisir sincère et au caractère digeste des plus satisfaisants !

 

Enfin, n'hésitez surtout pas à replonger votre nez dans les verres vides.

La persistance et l'intensité aromatiques sont étonnantes...

Une harmonie sans fin...

 

 

Millésimes à venir

 

Si 2005 s'est révélé une superbe réussite, 2006 lui emboîte dignement le pas.

La dégustation des 2007 en cours d'élevage va toujours dans le même sens : ce sera à coup sûr une autre brillante réussite.

 

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