2009_11_14 Repas Championnat Europe RVF

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Club toulousain In Vino Veritas

Repas « Spécial Championnat d’Europe RVF 2009 »

Samedi 14 novembre 2009

 

 

 

 

 

Le compte-rendu est écrit par Philippe Ricard.

 

Quelques commentaires de contexte :

L’idée était de se retrouver autour d’un repas pour fêter la victoire au « championnat d’Europe de dégustation à l’aveugle de la RVF 2009 » du quatuor Didier/Eric/Laurent/Pierre : http://www.larvf.com/,championnat-d-europe-de-degustation-vin,12614,1109842.asp

Tous ceux qui ont participé, de près ou de loin, aux séances d’entrainement sont présents.

Merci à Bernard Bergé qui, malgré son absence, a tenu à participer en fournissant les fromages pour ne pas faire mentir sa « Maxime » : le Bergé porte les fromages…

Merci également à Maxime pour l’excellent accueil fait dans le gîte familial.

Vins avec présentation à l’aveugle, carafés au dernier moment.

Les verres utilisés sont les « Authentis n°1 » de Spiegelau, chaque personne possédant 2 verres.

Nombre de convives : 12.

DS : Didier Sanchez – PC : Pierre Citerne – LG : Laurent Gibet – PR : Philippe Ricard – MS : Miguel Sennoun – MF : Maxime France.

 

 

 

 

Menu de circonstances…

 

Un petit mot avant tout sur l’histoire quelque peu laborieuse de ce menu à 24 mains...

Beaucoup d’ambition sur ce repas que l'on souhaitait à la hauteur de l’exploit de nos champions...

S’appliquer en cuisine, sortir des étiquettes rares : les envies, les idées, les fantasmes ont fusé de toutes parts !

La base aurait du être simple : chacun participe à l’élaboration ou à la sélection d’un plat.

Puis les autres proposent un vin (en message privé pour préserver le secret des bouteilles, servies à l’aveugle) à chaque cuisinier : charge à ce dernier de retenir 2 bouteilles...

Mais autant d’intervenants avec autant de points de vue différents ont généré un véritable imbroglio : dans la cohérence du repas, l’équilibre des vins (blancs, rouges, effervescents...), les priorités individuelles (certains privilégiant la justesse de l’accord, d’autres la grandeur des bouteilles), la participation équitable dans l’offre des bouteilles (alors que nos caves personnelles sont d’une grande disparité...)...

Une véritable « prise de tête » qui a duré 1 mois et généré un nombre d’échanges des plus fous...

Du délire !

Comme bien souvent dans ce club où cohabitent de façon invraisemblable la mesure et l’excès... pour notre plus grand plaisir !

 

 

 

Fraîcheur balnéaire en verrine (Romain)

Déclinaison d’huîtres chaudes aux deux citrons (Philippe)

Foie gras aux épices (Pierre)

Lotte brumaire (Jean-Michel)

Dorure de ris de veau, risotto automnal (Maxime)

Daube de joues et queues de boeuf à l’ancienne (Miguel)

Agneau maquisard, escorte du jardin (Hubert)

Canard Rossini, crumble de pommes de terre aux cèpes (Hubert)

Brillat-Savarin (Didier)

Pouligny (Bernard)

Délice noir (Laurent)

Salade de fruits "Douala" (Eddy)

 

 

 

 

 

Déroulement du repas...

 

 

1. Champagne Deutz : Cuvée William Deutz » 1995

DS16 - PC16,5 - LG17 - PR16,5 - MF16 - MS16,5.  Note moyenne : 16,4

(Bouteille offerte par Laurent)

Une entrée en matière à laquelle tenait Laurent, malgré quelques pointes d'ironie sur le baptême d'un navire... ; il faut bien reconnaître que le Champagne ne jure pas quand il s'agit de la première marche du podium...

D'autant plus que l'accueil est très plaisant, titillant le nez par ses notes crayeuses épurées, la finesse du grillé, les senteurs de citron confit, de nougat, de miel.

Des bulles délicates, une acidité citronnée, une belle présence saline, pas de dosage disgracieux, ce champagne, très propre, tendu, affiche une certaine classe.

 

 

Avec la fraîcheur balnéaire en verrine ...

 

 

2. Alsace Riesling : Trimbach « Frédéric Emile » 2001

DS17 - PC16/16,5 - LG17 - PR16,5 - MF16,5 - MS16,5.  Note moyenne : 16,6

(Bouteille offerte par Maxime)

Une essence de Riesling sur le citron vert, le zeste, le pamplemousse, la menthe fraîche, le poivre blanc, une noble signature terpénique : sans démesure fruitée, un rien austère, mais avec pureté.

Même tension en bouche, un jus percutant, sans fioritures, cristallin, serré, avec un tranchant des plus nets.

 

Rappel : Trimbach Riesling Frédéric Emile 2001 : 17/20 - 11/2/08 (LG)

Ce Riesling sent la citronnelle, les agrumes, la camomille, le minéral, la menthe (pastille vichy). Il peut rappeler une expression dynamique du Rheingau (expression cristalline mais forte - en termes de charge alcoolique). Une cuvée fidèle à elle-même (bien mieux goûtée qu'en août 2007 près de Langon - elle était alors extrêmement boudeuse, janséniste, cadenassée, soufrée ...). Un gros calibre, tranchant (mais pas mordant, comme craint en fonction de certaines dégustations précédentes), intransigeant, auquel il faudra laisser du temps. Vu la nature du plat, intérêt clair de la minéralité, de l'acidité, encore un peu constrictives en raison de la jeunesse du vin.

 

 

3. Sancerre : Domaine François Cotat « Grande Côte » 1996

DS17,5 - PC17 - LG16,5/17 - PR17,5 - MF17 - MS17,5/18.  Note moyenne : 17,3

(Bouteille offerte par Philippe)

Empreinte "Chavignol" qui transcende le cépage et dévoile avec brio un parfum enchanteur : poire, fraise des bois, framboise, soupçon de cassis, pointe exotique, senteurs de croûte de fromage, de fougère, de miel, d'anis et de truffe. Une évolution mesurée, harmonieuse, complexe.

Superbes nuances de textures jouant sur le volume, le gras, la douceur (une pointe de sucre résiduel) ainsi que la fraîcheur d'une chair sans faiblesse, acide, minérale, rigoureuse. On ne boude pas notre plaisir sur ce vin sapide, gourmand, imprégnant, de très grande longueur.
Toujours un mètre-étalon de son appellation.

 

 

Le plat : tartare de saumon à l'aneth et huile d'olive - crevettes marinées au gingembre, ail, coriandre et huile d'olive - guacamole.

L’accord : indifférence totale avec le guacamole, mets et vins se neutralisant de façon quelconque. Par contre, Riesling et gingembre (très bien dosé) font des éclats sur les crevettes (accord dynamique) tandis que le gras du Sancerre dompte avec justesse le sel très présent (et à propos...) du tartare (accord d'opposition).

 

 

4. Riesling : Domaine Léon Beyer « Cuvée des Comtes D’Eguisheim » 1997

DS15 - PC14 - LG14,5 - PR15 - MF15,5 - MS15.  Note moyenne : 14,8

(Bouteille offerte par Miguel et servie après le premier plat)

Arômes familiers d'agrumes, citron vert, végétal noble, menthol, hydrocarbure. Moins pur que le Frédéric Emile, plus strict aussi par ses notes plus évoluées, alliacées,

légèrement animales.

Matière bien dessinée, fine, mûre, saline, limitée toutefois par quelques traces d'alcool ou d'amertume, une finale épicée à la portée modeste. L'ensemble reste un peu bridé, plus austère que généreux.

 

 

 

Avec la déclinaison d’huîtres chaudes aux deux citrons...

 

 

5. Jurançon : Clos Joliette 1974

DS16+ - PC16,5 - LG16 - PR16 - MF16 - MS16.  Note moyenne : 16,1

(Bouteille offerte par Didier)

Séduisant panier de fruits exotiques séchés évoquant la mangue, la banane, l'ananas, le kumquat, avec une évolution cohérente sur un noble rancio ; si la première approche n'offre pas la féérie habituelle des meilleurs Joliette, les plus patients finiront par profiter d'une évolution d'un tout autre calibre, les fonds de verre révélant de superbes notes de truffe, orange confite, abricot, chocolat...

Vin gourmand, avec un poids conséquent, mais aussi parfaitement sec, tonique, à l'acidité percutante, la persistance remarquable ; intemporel, il aurait mérité un peu plus de patience, d'attention, pour mieux faire partager son émotion...

 

 

6. Alsace Riesling : Domaine Weinbach "Sainte Catherine" 1996

DS16 - PC16 - LG16,5 - PR16,5 - MF16,5 - MS16,5/17.  Note moyenne : 16,3

(Bouteille offerte par Miguel)

Expression spontanée de fruits mûrs sur les agrumes, citrons vert et jaune, la mangue, l'ananas, avec un soupçon de coriandre fraîche.

De l'équilibre et de l'harmonie dans une bouche soyeuse, joliment polie par les années, enrobant une acidité légèrement citronnée ; un ensemble salivant, raffiné, bien resserré et tendu sur une finale qui "respire" le caillou...

 

 

Le plat : 2 huîtres chaudes au citron confit et mangue séchée avec le vin n°1 – 2 huîtres chaudes au citron confit et zeste de citron vert pour le vin n°2

Les accords : le premier accord n'avait rien de très conventionnel, mais l'acidité du vin répondait parfaitement aux intonations iodées de l'huître, au punch du zeste ; la concordance aromatique était en plus assez pertinente, ce qui donnait au final un accord pittoresque pourtant très juste. Si la seconde association était plus classique, les fins de bouche ont révélé de très belles rémanences sur l'iode et le citron vert : très intéressant...

 

 

 

Avec le foie gras aux épices...

 

 

7. Rivesaltes : Domaine de Rancy « Ambré » 1959

DS17 - PC17,5 - LG18 - PR17,5 - MF17,5 - MS17,5.  Note moyenne : 17,5

(Bouteille offerte par Pierre)

L'intensité aromatique est rare, certes un peu chaleureuse, mais parfaitement assumée : pruneau, orange confite, figue, vieux jambon, café, lard brûlé, brou de noix, camphre, épices, poivre.

Matière huileuse, suave, puissante, déroulant avec maestria : un vin formidablement concentré, hors normes, dompté et adouci par la patine du temps, offrant une allonge colossale, avec une tonalité épicée qui fera merveille sur le plat...

 

 

8. Madère : Barbeito Frasqueira Verdelho 1981

DS17,5 - PC18+ - LG17,5 - PR18 - MF18 - MS17,5.  Note moyenne : 17,8

(Bouteille offerte par Maxime)

Que de plaisir devant tant de personnalité, voire d'originalité aromatique ! Un nez très évolutif, varié, complexe, mêlant la fraîcheur de la pêche, du melon, du citron vert, de la noix de coco, du poivre blanc à la noblesse du rancio, du gras de jambon, de la noix, de la noisette...

A la puissance du Rivesaltes ce Madère ajoute une sensualité peu commune... Suave, langoureuse, sa force déroule en bouche comme une caresse, avec la fraîcheur d'une acidité étonnante qui nous ferait presque oublier les 20,5° d'alcool... Finale quasi infinie, chargée d'embruns, parachevant ce moment d'exotisme et d'émotions...

 

 

Le plat : foie en terrine, chutney de pêches du jardin, poivre à queue - foie épicé cuit au sel - figue confite, réduction de lie de vin, poivre et piment

L’accord : véritable feu d'artifice aromatique, atteignant parfois des paroxysmes de puissance, ce moment du repas fut une sensationnelle leçon d'accords où chaque vin trouva son parfait mariage ! Le Rivesaltes avec le duo foie au sel/figue épicée fit littéralement exploser nos papilles ! Le Madère se conjugua à la fois en puissance et en sensualité, fondant en bouche en même temps que la terrine et son chutney de pêches, puis renaissant quelques instants plus tard pour ne plus jamais quitter nos sens... Force et douceur, richesse et fraîcheur, la diversité et l'intensité des impressions furent uniques !

 

 

 

Avec la lotte brumaire...

 

 

9. Meursault : Domaine Roulot « Tessons Clos de Mon Plaisir  » 2002

DS16 - PC16,5 - LG16,5 - PR16,5 - MF16,5 - MS16,5.  Note moyenne : 16,3

(Bouteille offerte par Maxime)

Registre de mesure et de finesse dans un vin où rien ne semble dépasser... Elégance du grillé, précision du végétal comme du minéral, fraîcheur des agrumes : la noisette, la fougère, la pierre chaude et le citron révèlent une silhouette précise et délicate.

Impression de demi-corps qui brille par sa pureté, sa tonicité, son caractère éminemment cristallin ; un modèle de finesse sur un registre poétique, gracieux, presque fragile...

 

Rappel : Domaine Guy Roulot - Meursault "Les Tessons - Clos de Mon Plaisir" 2002 - décembre 2004 (PC)

Notes : DS16,5 - PC16,5

Presque aussi fin et tendu que les Tillets, il y a un peu plus de chair dans cette cuvée ; saveur profonde et pure, agrumes et noisette, beaucoup de finesse, de longueur, de présence.

 

 

10. Corton-Charlemagne : Domaine Rapet 1991

DS15,5 - PC15,5 - LG16 - PR15,5 - MF15,5 - MS15,5.  Note moyenne : 15,6

(Bouteille offerte par Eddy)

Après la dentelle du Meursault, le registre devient plus sévère : dense, riche, quelque peu chaleureux, avec des notes de jaune d'oeuf, beurre, noisette, miel, citron confit, fougère.

Belle tenue eu égard à son âge, avec une évolution cohérente, une belle imprégnation minérale et végétale, une texture miellée, mais une gamme aromatique austère qui bride le plaisir, une pointe d'amertume en sus...

 

 

Le plat : lotte, sauce aux cèpes et cerneaux de noix

L’accord : seul le Meursault offre un accord classique, sans fausse note, notamment par son caractère raffiné, en phase avec la subtilité du poisson : sa tonicité répond avec autant d'à-propos à la fraîcheur des câpres. Par contre, le Corton reste un peu bougon, renfrogné, ne sollicitant pas vraiment le mariage...

 

 

11. Pouilly-Fuissé : Château de Fuissé « Vieilles Vignes » 2002

DS13 - PC13 - LG14 - PR13,5 - MF(non goûté) - MS14.  Note moyenne : 13,5

(Bouteille offerte par Jean-Michel)

Offre olfactive quelque peu banalisée par l'élevage, monotone, dominée par le bois ; les fruits blancs, le citron confit, le nougat, la pointe exotique gardent les seconds rôles, sans trop de ferveur.

L'ennui s'installe malgré une matière confortable ; "gentil", mais roboratif, limité, pesant, sans véritable caractère.

 

 

 

Avec la dorure de ris de veau, risotto automnal...

 

 

12. Alsace Grand Cru Pinot Gris : Domaine Zind-Humbrecht : Clos Windsbuhl 2000

DS14,5 - PC15 - LG15,5 - PR14,5 - MF15 - MS15,5.  Note moyenne : 15

(Bouteille offerte par Laurent)

Belle jeunesse sur cette expression sans trace d'évolution ni d'oxydation, délivrant un fruit net et généreux (citron vert, pomelo, ananas, fruits blancs, exotiques...), aérien, mais sans la distinction ni la complexité escomptées.

Matière conséquente, beurrée, assez solaire, quelque peu appesantie par l'embonpoint d'un sucre résiduel qui en limite la pureté, la fraîcheur (avec au passage, la pertinence de l'accord) ; jolie marque minérale en finale, qui ne suffit pas cependant à rehausser la distinction de l'ensemble.

 

 

13. Auxey-Duresses : Domaine D’Auvenay « Les Boutonniers » 2000

DS14? - PC(13) - LG(14) - PR13 - MF14 - MS14,5.  Note moyenne : (13,8)

(Bouteille offerte par Philippe)

Senteurs assez lourdingues de yaourt, boisé, grillé appuyé, végétal où la distinction des vins du domaine précédemment goûtés m'est totalement imperceptible...

Continuité dans la déception avec une bouche durcie par le bois, alourdie par l'alcool ; impressions accentuées par la puissance de l'ensemble qui s'impose sans harmonie, finissant par m'écoeurer...

 

Rappel : Auxey-Duresses - Domaine d'Auvenay "Les Boutonniers" 2000 : Juillet 2007 : 17,5 (PR)

Robe assez fluide, brillante, paille virant au jaune, avec quelques reflets or.

Toujours cette classe sublimissime des plus grands Bourgogne blancs : réduction noble, grillé, beurré, toujours un fruit intact. Impression de grande complexité, de puissance jamais lassante, mais imposante. Du grand art !

Expression auguste d’une matière très noble, monstre d’équilibre, de classe, de complexité. Suave, imprégnant, riche, le vin tapisse la bouche avec puissance, distinction et une longueur proverbiale.

Encore une démonstration de très grand chardonnay, évoquant les plus belles réalisations de Coche Dury ou encore Leflaive.

Une merveille qui dépasse largement le cadre de son appellation !

 

 

Le plat : ris de veau simplement revenu au beurre, risotto aux champignons (pleurottes, girolles et trompettes de la mort)

L’accord : si le plat était somptueux (ris de veau à point, champignons ultra frais et risotto d'anthologie !), l'Auxey-Duresses était son parfait opposé, tandis que le sucre du Pinot Gris était des plus inappropriés (pourtant Laurent garde le souvenir d'une dégustation bien différente de cette bouteille, somptueuse, avec un vin parfaitement sec, comme d'ailleurs annoncé par le domaine...). Bref, un ratage complet sur un plat qui aurait pourtant mérité des merveilles.

 

 

 

Daube de joues et queues de boeuf à l’ancienne...

 

 

La magie de ces robes patinées par les années, grenat, orangées, parsemées de petits flotteurs noirâtres, me fait toujours un effet particulier...

Ces témoignages visuels du temps qui passe, ces tons adoucis, polis, ce décharnement progressif des matières invitent à bien des attentions...

Et quand, parmi ces respectables anciens, une robe persiste dans la jeunesse, la profondeur, l'intensité colorante, le respect n'en devient que plus grand...

 

 

14. Saint-Julien : Château Talbot 1985

DS17,5 - PC16,5 - LG17 - PR17 - MF17 - MS17.  Note moyenne : 17

(Bouteille offerte par Eric)

Première offre tertiaire sur un panel viandé, animal, s'effaçant peu à peu devant la vivacité du fruit, la noblesse d'un vieillissement serein : cassis, cerise, poivron grillé, violette, tabac, cèdre, graphite, camphre, humus, terre, bouillon d'escargot... défilé olfactif...

Très beau témoignage d'un passé encore récent où la maturité immédiate, la puissance des matières n'étaient pas encore dans l'air du temps... La patience magnifie aujourd'hui la finesse de choix oenologiques qui privilégiaient la fraîcheur, la digestibilité, une forme de fermeté, de vitalité acide que le temps a apaisé : le vin offre du relief, un fruité juvénile, un toucher délicat mais surtout une élégance superlative.

 

 

15. Nuits-Saint-Georges 1er cru « Les Murgers » : Domaine Méo-Camuzet 1989

DS14 - PC(13) - LG13,5 - PR13,5 - MF14,5 - MS14.  Note moyenne : 13,8

(Bouteille offerte par Vincent)

Approche quelque peu maladroite, appesantie par son fardeau boisé : bonbon caramel, café, notes lactiques, figuées.

Même encombrement en bouche par ce côté brûlé, un peu sec, voire amer, qui signe une domination de l'élevage peu harmonieuse ; finale lassante où le réchauffement souligne l'alcool d'un millésime mûr.

 

 

Le plat : queues et joues de bœuf cuites en bourguignon.

L’accord : classique et juste avec le St-Julien, viandé, digeste, fin, s'adaptant parfaitement à la sauce. Les Murgers ne pouvaient par contre prétendre à des merveilles d'association...

Un début de saturation stomacale pour certains d'entre nous qui prennent soin de laisser les pâtes au fond de l'assiette...

 

 

16. Margaux : Château Rauzan-Gassiès 1989

DS15 - PC15 - LG14,5 - PR14,5 - MF15 - MS14,5.  Note moyenne : 14,8

(Bouteille offerte par Eddy)

Impressions atlantiques affichant une jolie dualité entre la fraîcheur du Cabernet (végétal mesuré, champignon, cassis, graphite) et l'empreinte du Merlot (cerise mûre, paille, menthol, pointe de cacao).

Un vin qui souffle le chaud et le froid, faisant cohabiter l'alcool, le sucre et l'acidité ; un corps plutôt maigre qui exacerbe sa structure tannique, une impression d'ensemble assez austère, ferreuse, mais de l'accroche, une forme de "sauvagerie" qui lui confère relief et personnalité.

 

 

 

Avec l’agneau maquisard, escorte du jardin...

 

 

17. Saint-Julien : Château Léoville Las Cases 1990

DS15 - PC15,5 - LG16 - PR15 - MF16 - MS15,5.  Note moyenne : 15,5

(Bouteille offerte par Didier)

Senteurs médocaines de cerises, cèdre, camphre, épices, cendres, sans grand éclat toutefois, l'alcool bridant toute envolée aromatique...

Une matière de tout premier ordre qui affiche puissance, allonge et finesse, mais s'exprimant sans aisance, limitée par l'alcool, une maturité qui flirte avec la douceur, une pointe de sucrosité. Une livraison en demi-teinte, frustrante, dans la continuité de nos précédentes dégustations de ce vin...

 

 

18. Pauillac : Château Lynch-Bages 1990

DS18 - PC18 - LG17,5 - PR18 - MF18 - MS18.  Note moyenne : 17,9

(Bouteille offerte par Didier)

Race évidente d'un grand Pauillac brillant par sa force, sa classe aromatique : cassis, cigare, cèdre, graphite, camphre, réglisse ; beaucoup de vigueur et de fraîcheur.

Une chair toute aussi impressionnante, dense, profonde, d'une fermeté très rigoureuse, pourtant d'une superbe finesse tannique, délicieusement juteuse... Une matière digne d'un 1er Cru Classé, à l'élevage déjà lointain qui laisse exprimer ainsi toute la pureté aromatique d'une jeunesse insolente... Un vin presque trop jeune, justement, dont la puissance encore brute mériterait quelques années de patience...

 

 

Le plat : filet d'agneau poêlé recouvert d'une fine croûte de roquette ; petits légumes tournés à l'anglaise (eau et sucre) ; chanterelles ; sauce navarin

L’accord : difficile car le plat s'exprimait sur une fraîcheur et une élégance qui invitaient davantage la délicatesse et le fruit d'un Pinot que la puissance médocaine. Le Las Cases proposait un mariage presque pataud tandis que le Lynch-Bages écrasait le débat par son éclat, se suffisant à lui-même !

 

 

19. Chambertin Clos de Bèze : Maison Jadot 1997

DS15 - PC14,5 - LG15 - PR15 - MF15,5 - MS15.  Note moyenne : 15

(Bouteille offerte par Didier)

Joli caractère terreux évoquant l'humus, la betterave, la griotte, le noyau, la violette, ainsi qu'un trait de vert qui souligne la fraîcheur d'ensemble.

Matière plus brutale, masculine, aux tanins virils qui sculptent une matière dense, austère, puissante, mais sans réelle gourmandise.

Une impression en demi-teinte, partagée entre le charme du nez et la rudesse de la bouche...

 

Rappel : Chambertin-Clos de Bèze "Domaine Louis Jadot" 1997 - Maison Louis Jadot - 18/10/07 (PC)

DS14,5 - PC14 - LG14,5 - MS14,5 - CD15. Note moyenne : 14,5

Robe dense et peu évoluée, une des plus sombres de la série. Le nez se montre revêche ; réduit, animal (sang, sueur), il finit par exprimer un fruit noir assez monocorde, réglissé, souligné par des notes de boisé/moka plutôt pâteuses. Très dense dès l'attaque, avec des tannins rudes, une présence alcoolique violente et une saveur de fruits noirs macérés banale (l'inévitable "soupe aux fruits des bois" qui sortent du congélateur…), ce vin puissant mais lourd, maladroit même, est loin d'illustrer le prestige de son terroir d'origine.

 

 

 

Avec le canard Rossini, crumble de pommes de terre aux cèpes...

 

20. Bandol : Domaine Tempier « Cabassaou » 1996

DS16,5 - PC16,5 - LG(15+) - PR16 - MF16 - MS16,5.  Note moyenne : 16,1

(Bouteille offerte par Hubert)

Effluves denses, fougueux, signant une puissance mûre et sauvage de garrigue, ronciers, graphite, cassis, fraise écrasée, remarquablement jeune.

Même impétuosité en bouche avec une chair brutale, concentrée, puissante, à la limite de la violence (ça tabasse !), avec donc certains excès (alcool, sucre), des tanins marqués, mais une énergie étonnante, une forme de détermination, de force imperturbable qui ne peut qu'impressionner...

 

 

21. Châteauneuf-du-Pape : Domaine Henri Bonneau « Cuvée Marie Beurrier » 1997

DS16 - PC16 - LG16 - PR16 - MF16,5 - MS16,5.  Note moyenne : 16,2

(Bouteille offerte par Hubert)

Charme presque "rayassien" qui nous gratifie de senteurs complexes et racées de cerises kirschées, orange cloutée, figue, brou de noix, laurier, herbes de garrigue, cèdre, résine, épices orientales...

Plaisirs chaleureux dans une bouche riche, mûre, voire solaire, polie par l'alcool, sans grande subtilité tactile (légère sécheresse des tanins) : tout à fait bon, mais pas renversant, en tout cas aujourd'hui...

 

 

Le plat : tournedos de canard Rossini, crumble de pomme de terre, duxelle de cèpes, sauce de canard à la betterave et 4 épices.

L’accord : la qualité du canard nous a joué des tours : assez fade, il n'a pu relever le défi de vins hauts en couleur... Le Bandol l'a donc quelque peu écrasé tandis que l'offre aromatique du Châteauneuf-du-Pape n'a pas eu le répondant mérité.

 

 

 

Avec le Brillat-Savarin (Fromagerie Xavier et Betty)

 

 

22. Vouvray : Domaine Huet « Pétillant » 1998

DS15 - PC16 - LG15 - PR15 - MF16 - MS16.  Note moyenne : 15,5

(Bouteille offerte par Didier)

Fragrance classique qui nous conduit tout droit à Vouvray avec ses intonations crayeuses, ses notes de coquille d'huître, de pomme, sa fraîcheur minérale.

Matière savoureuse, dotée d'une bulle fine, délicate ; ensemble pur, parfaitement propre, droit, avec cette signature aromatique particulière typique sur ce terroir ligérien. Non seulement bon, le vin fait en plus beaucoup de bien, nettoie nos bouches fatiguées et saturées par ce défilé gastronomique.

 

 

L’accord : on retrouve la justesse des associations avec ici un contraste réussi entre le dynamisme de la bulle et le gras du fromage. L'association valorise la rémanence du Brillat-Savarin.

 

 

23. Saumur : Cave de l’Anjou Viticole 1958

DS16 - PC16,5 - LG15,5 - PR16 - MF16,5 - MS15,5.  Note moyenne : 16

(Bouteille offerte par Eddy)

Présence olfactive généreuse, complexe, révélant une noble évolution : pomme, coing, orange, miel, cire, tourbe, gras de jambon, gentiane, pointe d'anis, de rhum...

Beau quinquagénaire parfaitement vivace, très gras, riche, mais sur un équilibre sec, avec même du tranchant, une acidité forte, un souffle persistant ; l'expression est un rien austère, mais la noblesse de ce vin est évidente, partageant quelque peu l'esprit d'une Coulée de Serrant.

 

 

 

Avec le Pouligny (Fromageries Xavier et Betty)

 

 

24. Vouvray : Domaine Foreau Demi-Sec 1988

DS16,5/17 - PC17 - LG16 - PR16,5 - MF16,5 - MS17.  Note moyenne : 16,7

(Bouteille offerte par Philippe)

Beaucoup de fraîcheur, de pureté aromatique sur cette déclinaison vouvrillonne réjouissante de fruits blancs, de rhubarbe, de mirabelle, de coquillage, de pierre à briquet...

Impossible de se lasser de la précision de ces vins aux matières d'une grande finesse, aux équilibres remarquables, ici tout juste adoucis par une liqueur contenue ; peut-être un rien austère, mais toujours droit, serré, désaltérant, ce Vouvray s'avère aussi très persistant. Et quelle jeunesse insolente ! Rien ne trahit ses vingt ans !

Ni ne lasse nos palais pourtant à rude épreuve...

 

 

L’accord : encore un mariage heureux et digeste, sur des notes de finesse et de fraîcheur, mais aussi d'équilibre entre la douceur du sucre et l'acidité du Pouligny.

 

 

 

 

Avec la salade de fruits "Douala"...

 

 

25. Vouvray : Domaine Foreau Moelleux Réserve 1989

DS(17,5) - PC18 - LG(16,5) - PR(17,5) - MF(17,5/18) - MS18.  Note moyenne : (17,5)

(Bouteille offerte par Romain)

Ananas, mangue fraîche, pomme au four, miel, coquille d'huître, iode, épices, poivre : un panier d'odeurs intenses, précises, juvéniles.

Magnifique liqueur, superbe d'équilibre, de subtilité, d'évidence, de persistance, à la puissance millimétrée : un vin qu'on boit avec envie, ce qui n'est pas le moindre des exploits après notre marathon culinaire...

Une infime retenue à propos d'une vague sensation aromatique (pointe de bouchon ?), filtrant la pureté aromatique du vin pour laquelle certains mettront des parenthèses sur leur note...

 

Rappel : Vouvray Foreau moelleux réserve 1989 : 17,5/20 - 16/9/06 (LG)

Une liqueur aérienne, d’une grande cohérence, très persistante. Goûts purs de raisin sec, d’abricot, de miel, de fruits confits. Sans battage inutile, elle se déroule imperturbablement sur des amers d’une grande distinction.

 

 

Le plat : salade de fruits de saison et de fruits exotiques.

L’accord : parfaitement cohérent, des produits sur la même longueur d'onde, une sorte d'accord classique.

 

 

 

Avec le "Prétentaine" et le "Chocolat Noir" (Pâtisserie Belin à Albi)

 

 

26. Porto : Fonseca Guimaraens 2001

DS13 - PC13,5 - LG13 - PR(?) - MF12,5 - MS13,5.  Note moyenne : 13,1

(Bouteille offerte par Vincent)

Plongée profonde dans un univers intensément riche et puissant qui exhale des notes de pruneau à l'eau de vie, de cacao, de cassis, de cerise noire, de fraise macérée, de camphre...

L'extrême suavité tactile de l'attaque est déjà l'ultime sensation de plaisir offerte par ce vin... Le reste est emporté par un alcool d'une rare violence qui enflamme tout sur son passage et donne l'impression d'avoir soudain la bouche d'un dragon en furie ! Je n'y arrive pas...

Il faut bien reconnaître aussi que nous avons atteint depuis longtemps un stade proche de la saturation, contexte bien difficile pour assimiler la puissance ravageuse d'un tel vin...

 

 

L’accord : comment parler d'accord quand, pour ponctuer un repas à mille lieues de toute mesure, on finit par de telles richesses, une liqueur aussi brutale ? Il fallait être un héros de Rabelais pour assumer une telle folie, ce que, visiblement, nous n'étions pas tout à fait...

 

 

 

Pour immortaliser ce grand moment, une très rare bouteille, au petit matin (4h30…)

 

 

27. Chartreuse Verte - Voiron (1941-1951) - 55° !

DS17,5 - PC? - LG17 - PR(?) - MF18 - MS?.  Note moyenne : 17,5+

(Bouteille offerte par Pierre)

Moment presque "sacré" où nous servons avec respect cette vieille liqueur vert pâle dans nos fonds de verre...

Inutile en effet d'avoir un niveau généreux pour sentir ces effluves de plantes et d'épices qui transportent notre imaginaire entre l'arrière boutique d'un vieil apothicaire et un bazar oriental : plantes médicinales, gentiane, menthe, réglisse, verveine, cumin, graines de coriandre fusent avec intensité.

La liqueur se boit avec mesure, sa chaleur irradiant nos sens à la moindre goutte... L'alcool n'invite pas, de toute façon, à l'excès... La longueur époustouflante pousse à la méditation prolongée, nous faisant remonter le temps et la légende de cet "élixir de longue vie" dont nul ne connait vraiment l'origine ni la formule secrète initiale...

 

 

 

En guise de conclusion...

 

 

La victoire au championnat d'Europe de dégustation se devait d'être dignement fêtée...

Par "dignement", il fallait comprendre de façon "hors normes", comme nous avons d'ailleurs vécu cette belle récompense...

Et je crois qu'en termes de délire orgiaque nous avons ici atteint une forme de paroxysme, avec tous les excès que l'enthousiasme peut susciter...

Rien de raisonnable donc, mais un moment de folie à la fois sublime et parfaitement indigeste, un marathon gastronomique épuisant tout autant que jouissif...

Enfin un moment d'amitié, de partage, d'intimité, chacun voulant offrir aux autres le meilleur de lui-même...

 

Bravo les gars ! Mais s'il vous plaît, pas de championnat du monde : mon foie n'y résisterait pas...

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