2005_11_20 Repas chez Pierre Citerne

Compte rendu d'un repas dégustation chez Pierre Citerne... cliquer sur le lien suivant:

Repas à Lafitte-Toupière

 

Samedi 20 Novembre 2005

 

 

 

Synthèse des commentaires de dégustation : Pierre Citerne.

 

Tous les vins sont servis à l’aveugle, carafés, par séries de deux ou trois vins.

PC : Pierre Citerne- DS : Didier Sanchez

 

 

Première série: trois blancs secsavec des gougères

 

1. Arbois Pupillin (Chardonnay) GAEC Houillon/Overnoy 2002

PC(14) - DS13,5

Robe un peu laiteuse. Nez réduit, animal, qui ne s'ouvre que très difficilement sur des notes de noix fraîche et de mousseron. Matière dense, vive, d'une belle franchise mais renfrognée, n'offrant que peu d'agrément. J'ai noté 16,5 une bouteille issue du même lot quelques semaines auparavant, merveilleusement expressive ; ce vin illustre le problème (mais est-ce vraiment un "problème" ?) des vins vraiment vivants : ils sont imprévisibles …

 

2. Puligny-Montrachet premier cru "Le Cailleret" Domaine Michel Bouzereau 2002

PC16 - DS 16/16,5

Robe pâle, brillante, vive. Nez d'emblée flatteur, séducteur, avec les notes exotiques et florales classiquement associées à Puligny, et l'enrobage crémeux, lactique, d'un élevage adroit mais perceptible. Bouche fine et tendue, un peu trop légère, flottante en milieu de bouche mais minérale et racée en finale. Un vin qui semble quand même manquer de vigueur et de plénitude, malgré sa séduction et la distinction de son expression du terroir.

 

3. Arbois Chardonnay "Les Bruyères" Domaine André et Mireille Tissot 2002

PC17 - DS16,5+

Un peu plus d'intensité, d'or, dans la présentation. Nez assez solaire, mais pur et percutant, avec des fruits secs et de très belles notes d'agrumes (peau d'orange, mandarine…). Matière pleine, très cohérente, riche en alcool mais remarquablement tendue, dotée d'une assise et d'une allonge impressionnante. Une expression "bourguignonne" qui, à l'aveugle, a mené mes convives à Pouilly, sur la colline de Corton ou à Chassagne… Après deux jours, la comparaison des fonds de bouteilles accentue la supériorité structurelle de ce vin sur le Cailleret.

 

 

Deuxième série: trois blancs liquoreuxavec un foie gras au torchon

 

1. Alsace - Hugel Gewürztraminer SGN (fût 28) 1976

PC17/17,5 - DS17

Robe vieil or. Premier nez très balsamique, avec des notes de thym et de lavande, qui s'ouvre avec beaucoup d'amplitude et de richesse, sur des senteurs de pain d'épices, de miel, d'abricot sec, de nèfle… La matière est riche, capiteuse, très droite, autoritaire même ; plus grasse et puissante que véritablement liquoreuse. Un maître vin qui ne fait pas son age, qui dépasse complètement l'expression variétale du cépage.

 

2. Languedoc - Hautes Terres de Comberousse (A. Reder) VDT "Djebel" 1998

PC15 - DS14,5

Du Rolle passerillé, des environs de Montpellier. Robe ambrée lumineuse. Expression aromatique très originale, pleine de fantaisie, expressive, d'épices (poivre), de pâtisserie orientale (miel, fruits secs et fleur d'oranger), de massepain… On retrouve la même expressivité aromatique de vin passerillé en bouche, portée par une matière vigoureuse mais un peu comprimée par une finale alcooleuse (15°) et légèrement amère.

 

3. Rheinhessen - Krebs-Grode Silvaner Eiswein 1999

PC16/16,5 - DS15,5

Robe profondément ambrée, brillante, avec de nombreux cristaux de tartre. Nez exubérant, confit et poivré, abricoté, musqué aussi, avec des notes minérales, schisteuses, qui peuvent évoquer le Layon. On a quand même du mal à identifier le cépage… Équilibre bien différent des deux vins précédent, beaucoup de sucre et peu d'alcool (7,5°) ; une bouche pénétrante et vive, enlevée, grâce à une très belle acidité.

 

 

Troisième série: trois rouges atlantiquesavec un velouté de cèpes

 

1. Chinon - Domaine Charles Joguet "Clos de la Dioterie" 1996

PC15,5 - DS15,5

Expression très franche, limpide, typée, un nez "crayeux", poivronnant avec finesse et profondeur. Bouche droite, stricte mais juteuse, réservée, exemplaire.

 

2. Margaux - Château Bel-Air Marquis d'Aligre 1986

PC16,5/17 - DS16,5

Robe moyennement intense, mais d'un rubis encore très vif, jeune. Nez nuancé, frais, avenant, avec un fruit frais qui déroule sereinement son discours, ponctué de subtiles notes terriennes et épicées. On retrouve en bouche la même droiture que dans le Chinon, la même finesse, autant de fraîcheur, mais avec plus de moelleux et d'assise. A près de vingt ans il répond présent, il offre du plaisir, de la finesse ─ et il pose clairement la question de certains choix stylistiques et déontologiques affectant la quasi-totalité des vins de Bordeaux, qui ont contribué à définir une nouvelle normalité (barriques, surmaturité, alcool, extraction…).

 

3. Pauillac - Château Lafite-Rothschild 1976

PC(15) - DS15,5

Robe nettement plus évoluée que les deux précédentes. Premier nez très encombré, avec des relents désagréables, de croupi, de bouchon, de vieux cuir mouillé ou de carton… il s'épure heureusement un peu à l'aération, sans parvenir à une expression franche. Le fruit est intense, serré, avec beaucoup de tannins accrocheurs en bouche, de la fraîcheur, une constitution étonnante dans le cadre du millésime : on dirait un 1975 ! Difficile à cerner…

 

 

Quatrième série: deux rouges bourguignonsavec un civet de sanglier

 

1. Volnay - Domaine des Comtes Lafon "Clos des Chênes" 1983

PC15 - DS14,5

Robe grenat tendre encore pleine de vie. Nez "batailleur", poussiéreux et mentholé, avec de la cerise et du vieux cuir, très Côte de Beaune. Bouche tannique, juteuse, vigoureuse, encore très vivante ; vraiment rugueuse et virile… elle tient étonnamment bien à l'aération.

 

2. Gevrey - Domaine Armand Rousseau Chambertin Clos de Bèze 1983

PC18 - DS17,5

Robe comparable à la précédente, dépouillée mais pas usée. Nez saisissant, qui va tout de suite au plus noble du pinot, aérien et pénétrant, partagé entre le fruit (très frais) et l'animalité (plume), avec un "bruit de fond" de sous-bois humide. On hésite entre Vosne et Gevrey… Après la grâce, la subtilité du nez, la bouche apparaît férocement tannique, mais très juteuse, très jeune, d'une présence et d'une allonge exceptionnelles. On sent l'expression dans ce vin (comme dans le précédent) d'un millésime à part, difficile, à la limite du déséquilibre, à la limite des faux goûts liés à la grêle, mais très endurant, profond. Il y a des défauts dans ce Clos de Bèze, c'est certain, mais ils rendent peut-être le vin encore plus grand ; quelle race, quelle jeunesse !

 

 

Cinqième série: trois rougesavec le même civet de sanglier

 

1. Hermitage - Domaine Sorrel "Le Gréal" 1985

PC17,5/18 - DS16,5

Robe rubis très jeune. Nez réservé, austère même, incisif cependant, d'une grande finesse, racé, minéral, mais surtout extrêmement jeune, sur le fruit (impression de groseille fumée). Très concentré en bouche, dominé par une structure acide presque récalcitrante (d'où la jeunesse du vin…), mais le fruit est toujours aussi éclatant, l'allonge impressionnante et la finesse des tannins remarquable. Un vin épuré, altier, anguleux, mais profond et très droit.

 

2. Hermitage - Jaboulet "La Chapelle" 1985

PC16+ - DS16

La robe est profonde et jeune, comparable à celle du Gréal de Sorrel. Nez expressif, large, épicé, avec des notes presque camphrées, iodées, que faute de mieux j'associe au granite chaud, un fruit assez compoté et quelques notes végétales. La matière est pleine, harmonieuse en bouche, jeune quoique fondue, manquant peut-être un peu de relief et d'allant. Plus large que le vin de Sorrel mais moins profond, moins pur et surtout moins jaillissant. A noter quand même que le fond de bouteille se goûtait encore mieux le lendemain, le vin montrant davantage de vitalité et de tension.

 

3. Barolo - Fontanafredda "Vigna Lazzarito" 1982

PC15 - DS14

Vin issu de la commune de Serralunga. Robe nettement évoluée, reflets tuilés. Nez intense, expansif, éthéré, tertiaire : beaucoup de champignon (cèpe sec), de cuir, encens, tomate séchée… L'équilibre de la bouche, plus solide qu'il n'y paraît au premier abord, repose sur un fruit très mûr, des tannins encore très présents, rocailleux, et une forte acidité. Volume assez important et longue présence en bouche. Un vin typé, conséquent, un peu bourru, sans la finesse des plus grands barolo mais représentatif d'un style "classique" qui vieillit avec sérieux.

 

 

Sixième série: trois vins mutésavec un vieux fromage du Soulor et un bleu de Gex

 

1. Château Lafforgue - Rivesaltes ambré 2001

PC(13) - DS14,5

Robe dorée assez intense. Nez puissant, exotique, très marqué par la noix de coco et la vanille, qui fait songer à du Bourbon ou du moins à du chêne américain. On retrouve les mêmes tonalités aromatiques en bouche, qui tendent à masquent l'expression du vin. Amusant…

 

2. Cave des vignerons de Maury - Maury "Récolte 83" 1983

PC15 puis 16 - DS16

Mis en bouteille en mai 1984. Robe rubis, très jeune, pratiquement pas d'évolution. Beau nez frais, qui reste assez simple, bien typé, balsamique, sur les fruits compotés et le cacao. Bouche vive, jeune, franche, manquant peut-être un peu de relief mais cohérente et aboutie. Regoûté le surlendemain, ce Maury a gagné en finesse, en fraîcheur, en gourmandise et en expression aromatique.

 

3. Warre's - Porto Vintage 1983

PC16,5 - DS15,5

Robe très jeune, comme la précédente. Les senteurs aussi expriment beaucoup de jeunesse, un grand fruit rouge, presque sanguin, intégré à de profondes notes minérales schisteuses. Du jus, des tannins en bouche, de la puissance, de l'autorité ; beaucoup plus de relief que le Maury, mais aussi une décharge alcoolique beaucoup plus violente (quoique assez bien intégrée) et donc moins de fraîcheur.

 

Croustade à la crème fraîche et à l'eau de vie - cidres

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