2007_07_05 Verticale Chateau Grillet

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Club toulousain In Vino Veritas

Très rare verticale de Château Grillet : 2002-1969

 

 

 

 

La dégustation, préparée par Didier Sanchez, a été répartie en 2 séances.

La première (2002-1990) est commentée par Philippe Ricard pour l’après-midi et Laurent Gibet pour le soir.

La seconde (1989-1969), faite en une seule séance, est commentée par Philippe Ricard.

 

 

Quelques commentaires de contexte :

La première dégustation s’est déroulée en deux phases : l’après-midi puis le soir avec la même bouteille. Didier Sanchez a participé aux deux séances.

Le compte rendu porte sur les deux séances afin de montrer aux lecteurs les différences entre 2 dégustations espacées de 5 heures.

La seconde dégustation s’est déroulée en une seule phase : les millésimes goûtés présentant un certain âge, l’aération pouvait en effet s’avérer risquée.

Les vins ne sont pas dégustés à l'aveugle.

Au sujet du prix indiqué des bouteilles : il correspond au prix d’achat aux enchères, chez les cavistes ou chez des particuliers, dans la période 2004/2006, sur une offre pas toujours évidente. La côte moyenne a quelque peu évolué depuis, dans les 2 sens : rien d’étonnant donc de trouver certains vins plus chers, mais aussi meilleurs marché...

DS : Didier Sanchez - PC : Pierre Citerne – LG : Laurent Gibet – PR : Philippe Ricard – CD : Christian Declume.

 

 

 

1ère partie : 2002 - 1990

Jeudi 21 Juin 2007

 

 

 

Ordre de dégustation

(Nombre de dégustateurs : 12)

 

1. Château Grillet 2002 :

DS AM17,5 - DS SOIR17 - PC18 - LG16+ - PR17 - CD16,5 .

Note moyenne AM : 17,3 et SOIR : 16,5- Prix : 43 €

L’après-midi :

 

Cette première bouteille (et première expérience pour beaucoup) nous saisit d’entrée : alors qu’un cousinage avec Condrieu était notre pronostic commun, cette tension d’un terroir aussi marqué, comparable au Clos St Hune en Alsace, nous a littéralement saisis !

 

Démarrer une série d’emblée sur une note aussi élevée, sans véritable repère, sur un millésime pourtant pas de grande réputation pourrait sembler quelque peu déroutant.

La suite va confirmer…

 

Le soir :

 

On commence dès le premier vin à deviner la spécificité attachante de ce cru.

 

 

2. Château Grillet 2001 :

DS AM17 - DS SOIR16 - PC17 - LG15,5+ - PR17 - CD16.

Note moyenne AM : 16,8 et SOIR : 15,8- Prix : 43 €

L’après-midi :

 

Si ce vin n’a pas la richesse abondante d’un Hermitage, il montre certaines ressemblances.

L’éclatante jeunesse en plus : on jurerait boire un 2005 !

 

Le soir :

 

On peut ici penser à un Hermitage ou à un Condrieu (sans notes caricaturales toutefois).

 

 

3. Château Grillet 2000 :

DS AM17,5/18 - DS SOIR17,5/18 - PC17,5/18 - LG18 - PR18 - CD17.

Note moyenne AM : 17,6 et SOIR : 17,8- Prix : 41 €

L’après-midi :

 

A la fois long et large, riche et précis, ce vin a tout d’un grand !

Incrachable !

 

Le soir :

 

Un grand vin, à la finesse ultime, sûr de lui, parfaitement sculpté

 

 

4. Château Grillet 1999 :

DS AM16 - DS SOIR14 - PC15/15,5 - LG14 - PR15,5 - CD16.

Note moyenne AM : 15,6 et SOIR : 14- Prix : 76 €

L’après-midi :

 

Le soir :

 

 

5. Château Grillet 1998 :

DS AM18 - DS SOIR18/18,5 - PC18,5/19 - LG18,5 - PR19 - CD18.

Note moyenne AM : 18,7 et SOIR : 18,4- Prix : 60 €

L’après-midi :

 

C’est jouissif !

On reste assis devant la qualité de ces vins !

 

Le soir :

 

 

6. Château Grillet 1997 :

DS AM16,5/17 - DS SOIR15,5 - PC17 - LG15 - PR16,5 - CD16,5.

Note moyenne AM : 16,7 et SOIR : 15,3- Prix : 65 €

L’après-midi :

 

Le soir :

 

C’est le premier vin apprécié avec autant de différences entre les 2 séances.

 

 

==> Rappel : vin dégusté en décembre 1999 (cr par Pierre Citerne)

 

Château Grillet 1997. Notes entre 14 et 15.

 

Ce vin se goûtait mieux après une nuit en carafe fermée, il était un peu plus exubérant aromatiquement et moins sévère en bouche.

 

 

7. Château Grillet 1996 :

DS AM(16?) - DS SOIR14,5 - PC17/18 - LG14,5 - PR17/18 - CD16.

Note moyenne AM : 17,3 et SOIR : 14,5- Prix : 77 €

L’après-midi :

 

A l’aveugle, ce vin aurait bluffé n’importe quel malheureux intrépide qui aurait osé parier sur son âge : à l’unisson, on aurait juré boire du 2005, voire du 2006 !

 

Le soir :

 

 

8. Château Grillet 1995 :

DS AM17,5 - DS SOIR17,5 - PC17,5 - LG16+ - PR18 - CD17,5.

Note moyenne AM : 17,6 et SOIR : 16,8- Prix : 48 €

L’après-midi :

 

Inutile de préciser que le niveau du crachoir est désespérement bas…et que nous avons perdu depuis notre latin quant à l’appréciation du vieillissement de ce vin, tout simplement hors normes !

 

Le soir :

 

Note : le vin s'est mieux dégusté dans l'après-midi (il semble s'être curieusement recroquevillé). Il était alors particulièrement frais et savoureux (Chave blanc 95 fut énorme aussi, dans un style plus délivré).

 

 

9. Château Grillet 1994 :

DS AM17 - DS SOIR17 - PC18/18,5 - LG17 - PR18 - CD17.

Note moyenne AM : 17,6 et SOIR : 17- Prix : 37 €

L’après-midi :

 

Même en petit millésime, nous avons la confirmation de la majesté de ce vin qui ne cesse de nous étonner, bouteille après bouteille.

Ce 94 est en tout cas le plus hédoniste de la série, un délice irrésistible…

 

Le soir :

 

 

10. Château Grillet 1993 :

DS AM14,5 - DS SOIR14 - PC14,5 - LG14,5 - PR15 - CD15.

Note moyenne AM : 14,8 et SOIR : 14,3- Prix : 43 €

L’après-midi :

 

La qualité du millésime n’a pas permis de faire des miracles, mais force est de constater que le domaine s’en est honorablement sorti.

 

Le soir :

 

 

11. Château Grillet 1992 :

DS AM15 - DS SOIR12 - PC15,5/16 - LG12,5 - PR15 - CD14,5.

Note moyenne AM : 15,1 et SOIR : 12,3- Prix : 32 €

L’après-midi :

 

Second « petit » millésime d’affilée, mais un vin qui s’en tire convenablement.

Enfin, à l’ouverture…

 

Le soir :

 

 

12. Château Grillet 1991 :

DS AM17 - DS SOIR17,5 - PC17 - LG16,5+ - PR16,5/17 - CD16.

Note moyenne AM : 16,7 et SOIR : 16,8- Prix : 55 €

L’après-midi :

 

Le soir :

 

Ici encore un vin (pourtant déjà âgé) qui donne l'impression de ne pas encore avoir donné son maximum.

 

 

13. Château Grillet 1990 :

DS AM17,5/18 - DS SOIR17 - PC18,5/19 - LG15,5 - PR19 - CD17.

Note moyenne AM : 18,1 et SOIR : 16,3- Prix : 75 €

L’après-midi :

 

Le soir :

 

 

Conclusion

(par Philippe pour la dégustation de l’après-midi)

 

Qui connaît « Grillet » ?

A part quelques expériences isolées d’une poignée d’entre nous, ce domaine était un parfait mystère, entretenu par un silence assez récurrent dans la critique et chez les amateurs.

Si cette idée de verticale était donc intéressante, notre découverte est une révélation tonitruante : jamais une verticale n’a atteint une telle moyenne (quasiment 17 sur l’ensemble !).

 

Vin à part, parfaitement distinct de ses voisins de Condrieu ou d’Hermitage, il transcende véritablement le cépage viognier comme nous ne l’aurions jamais suspecté.

Jamais lourd, ni pâteux, il conserve une rectitude minérale sidérante, lui permettant tous les excès de richesse ou de volume, toujours bien tenus.

Aucune note boisée ou métallique, l’élevage semble en plus d’une justesse remarquable.

Mais sa caractéristique la plus marquante, c’est sa résistance au temps qui passe : d’une jeunesse étonnante, il nous a tous littéralement bluffés !

Robe constamment pâle, nez qui prend des années à se libérer, bouche en permanence pleine d’énergie, ce vin est un défi à nos références temporelles : aucun vin blanc sec ne semble vieillir aussi lentement, hormis les vins non ouillés jurassiens (et peut-être certains rieslings allemands…), ce qui n’est pas peu dire…

 

Quant à la seconde partie, peu de suite de dégustation n’aura été attendue avec autant d’impatience…

Comptez sur moi : j’y serai !

 

 

Conclusion

(par Laurent pour la dégustation du soir)

 

Contrairement à ce que l'on pouvait craindre en fonction des rares bruits qui courent sur ce vin (et en fonction de la seule dégustation du 1997 il y a déjà quelques années), nous avons découvert avec bonheur un vin de haut niveau en effectuant une dégustation décapante (la suite en juillet 2007, avec des vins plus âgés).

Quelques remarques :

Ces terrasses rhodaniennes granitiques en cirque sont un lieu de véritable consécration du viognier en permettant :

 

 

 

2ème partie : 1989 - 1969

Jeudi 5 Juillet 2007

 

 

Ordre de dégustation

(Nombre de dégustateurs : 12)

 

 

1. Château Grillet 1989 :

DS17,5/18 - PC18 - LG18 - PR18 - CD17,5 . Note moyenne : 17,9- Prix : 47 €

 

On recommence une nouvelle série avec un vin qui a su allier force et finesse, austérité et générosité : jamais lassant, il captive le dégustateur.

C’est reparti pour une démonstration de Grand Vin…

 

 

2. Château Grillet 1988 :

DS16,5 - PC16 - LG16,5 - PR16 - CD16,5 . Note moyenne : 16,3- Prix : 63 €

La première appréciation visuelle est un bouchon totalement imbibé. Si sa qualité ne nous impressionne pas (remarque applicable à l’ensemble des bouchons), il ne fut la cause d’aucun défaut dans la liste des vins présentés…

 

Ce vin avait besoin de s’aérer quelques instants avant que s’estompe une première impression quelque peu bizarre…mais souffre vraissemblablement d’un léger déficit de maturité.

 

 

3. Château Grillet 1987 :

DS16,5/17 - PC16 - LG17 - PR17 - CD16 . Note moyenne : 16,6- Prix : 37 €

 

Cette bouteille est une grande séductrice : elle a troqué une rigueur habituellement minérale, un peu stricte, très longue, pour une parure à la gourmandise irrésistible.

C’est un vrai régal dont le crachoir n’aura pas la moindre goutte.

 

 

4. Château Grillet 1986 :

DS17,5 - PC17,5 - LG17,5 - PR18 - CD18. Note moyenne : 17,7- Prix : 39 €

 

Si le nez semble plus extraverti que la bouche, l’ensemble est marqué par sa générosité : c’est tellement bon qu’encore une fois, on ne peut que le boire…

 

 

5. Château Grillet 1985 :

DS18+ - PC18 - LG18+ - PR18,5 - CD17,5. Note moyenne : 18- Prix : 67 €

 

 

6. Château Grillet 1984 :

DS16 - PC15,5 - LG15,5 - PR16,5 - CD16,5. Note moyenne : 16- Prix : 42 €

 

Toujours fidèle à son profil identitaire, ce vin manque toutefois un peu d’épaisseur, de diversité aromatique et d’allonge pour être aussi splendide que ses confrères…

Mais de là à bouder notre plaisir…

 

 

7. Château Grillet 1983 :

DS18,5+ - PC18,5 - LG18,5+ - PR18,5 - CD17,5. Note moyenne : 18,3- Prix : 49 €

 

Le vin est d’autant plus grand qu’il semble toujours en devenir : pas assez ouvert, assez difficile à appréhender en l’état, il semble devoir encore attendre.

Incroyable !

 

 

8. Château Grillet 1982 :

DS17 - PC17 - LG17 - PR16,5 - CD17. Note moyenne : 16,9- Prix : 72 €

 

 

Château Grillet 1981:
(Absente)

A l’attention d’un généreux vendeur : on est preneur !

 

9. Château Grillet 1980 :

DS17 - PC17,5 - LG17,5 - PR18 - CD17. Note moyenne : 17,4- Prix : 69 €

 

 

10. Château Grillet 1979 :

DS17,5+ - PC18,5 - LG18 - PR18,5 - CD17,5. Note moyenne : 18- Prix : 91 €

 

Encore une fois, l’impression de découvrir un vin toujours en devenir s’impose : se dévoilant lentement, il ne semble pas encore prêt à boire…

Ce constat est presque déstabilisant !

 

 

11. Château Grillet 1973 :

DS17,5 - PC18,5 - LG18 - PR19 - CD18. Note moyenne : 18,2- Prix : 70 €

 

 

12. Château Grillet 1969 "Cuvée Renaissance" Tirage limité à 1730 btls :

DS17+ - PC19 - LG18,5 - PR19 - CD18. Note moyenne : 18,3- Prix : 60 €

 

De nouveau nous exprimons une impression de complexité contenue, d’épanouissement encore en devenir.

Si ma date de naissance est bien la même, ce vin a bien mieux que moi préservé toute sa force juvénile.

J’emporte cette bouteille dans ma cave où elle trônera dignement en souvenir d’une dégustation qui mérite bien des qualificatifs élogieux (je pense les avoir tous utilisés !!!), mais surtout celui de « magique ».

 

 

 

Les Bouteilles

 

Une bouteille de Château Grillet est marron, longiligne, presque autant qu’une bouteille alsacienne.

L’étiquette est sobre, identique d’une année sur l’autre ; idem pour la colerette, jaune.

A compter du millésime 91 inclus, les bouteilles ont leur forme actuelle.

De 87 à 90 inclus, elles étaient plus petites, mais toujours de contenance 75 cl.

De 86 à 79, nous notons une contenance de 70 cl.

Pour la bouteille de 73, c’est 68 cl !

Quant à la bouteille de 69, nous n’avons trouvé aucune indication volumétrique…

 

 

Conclusion

 

 

Lors de ma première conclusion, je reconnais avoir laissé parler mon enthousiasme passionné, avec une certaine emphase, plutôt que de garder une ligne de conduite sobrement critique, neutre, peut-être plus juste.

Je vais donc tenter de me contrôler cette fois-ci…

 

SUBLIMISSIME, GEANTISSIME, GENIALISSIME, FABULEUSISSIME, DEMENTIELLISSIME !

Désolé, j’ai pas pu…

 

En effet, si la première séance nous a révélé un grand vin, la seconde le confirme encore davantage…

Jamais une moyenne de notation n’aura été aussi élevée : 17,2 sur l’ensemble des 25 vins !

Les plus expérimentés du club se posent même la question de savoir quel autre grand vin blanc sec pourrait réaliser une telle démonstration…

Mis à part le Riesling Clos St Hune de Trimbach, les plus grands bourguignons (domaines d’Auvenay), rien n’a été dégusté d’aussi grand dans cette couleur (voire en rouge…), avec une telle régularité, sur autant de millésimes successifs.

Cela laisse pantois, surtout s’agissant d’un vin mystérieux, méconnu, à la distribution discrète et confidentièle.

 

Concrètement, les remarques stipulées dans les premières conclusions sont plus que jamais confirmées :

 

Mais attention, comme le soulignait Laurent dans sa première conclusion, le vin n’est pas un séducteur : au caractère trempé, ce n’est pas un vin de mode, fait pour plaire au plus grand nombre, ni pour se livrer spontanément. Il réclame de la patience et de l’attention pour l’associer au bon moment, avec le juste mets.

 

Pour ce qui est du conseil de service, c’est très clair : l’aération ne s’est jamais révélée déterminente.

Il est donc inutile de carafer ce vin, jeune ou vieux, longtemps à l’avance.

Par contre, pour se prévaloir de notes un peu trop réductrices à l’ouverture de certaines bouteilles, nous avons constaté qu’un service immédiat après carafage, lui-même suivant l’ouverture de la bouteille, était la présentation la plus adaptée.

 

Enfin, si l’aspect monétaire est rarement abordé dans nos comptes-rendus, il ne peut être ignoré dans ce cas précis…

Le rapport qualité-prix est tel qu’on se pose vraiment la question : « Outre le mystère qui l’entoure, comment se fait-il qu’un vin aussi exceptionnel ait su rester si raisonnable ? ».

Nous commençons à comprendre la force de Château Grillet qui, loin des modes et des feux de la rampe, défie tous les canons actuels.

C’est un des derniers trésors « accessibles » à l’amateur.

 

On s’incline…