2004_10_08 Bordeaux 45.47

Compte rendu de vins anciens, les grands Bordeaux des millésimes 1945 et 1947 sont mythique pour l'amateur de vins. Le compte rendu sur le lien suivant :


Club toulousain In Vino Veritas : 10 ans déjà !

Dégustation prestigieuse : Bordeaux 1945/1947 + pirates.

Vendredi 8 octobre 2004

 

 

Dégustation préparée par Didier Sanchez et commentée par Christian Declume.

Merci à Arnaud Verdon pour toutes les recherches sur le thème de la soirée.

 

Les millésimes 1945 et 1947 : deux géants de style fort différents.

L’un diaboliquement tannique, structuré et aristocratique.

L’autre, follement exubérant, volumineux et exotique.

 

Millésime 1947 à BORDEAUX :

  • 259 millimètres de pluie enregistrés (environ 67 % de la moyenne)

  • Somme des températures : 3478 ° C (109% de la moyenne). Une année d’une exceptionnelle chaleur, faisant partie d’un cycle d’années sèches (1945, 1946, 1947 et 1949). Il y eut pendant l’été 42 jours de forte chaleur avec rationnement de l’eau en Gironde.

  • Les vendanges ont eu lieu du 13 au 23 septembre.

 

 

  • Quelques commentaires de contexte :

  • Afin de célébrer les 10 ans du club (1ére dégustation le 6 octobre 1994), nous nous recueillons devant 2 millésimes de légende en bordelais. Inutile de dire que les commentaires qui vont suivre sont très influencés par ce contexte de prestige et de fête.

  • Les vins proviennent tous de ventes aux enchères (Idealwine et ebay). Ils sont en cave depuis + de 3 mois et ont été mis debout depuis 1 semaine. Ils sont décantés en carafe juste au moment du service. Le premier tire bouchon utilisé est un Winemaster Vacuvin : 90% d'échec, seul 1 bouchon est sorti intact. Il a fallu les terminer avec le bon vieux "sommelier".

  • Les vins sont dégustés à l'aveugle pour les participants sauf pour le président qui a institué un ordre selon la réussite ou le prestige du cru dans le millésime. Ils sont révélés un à un.

  • Nombre de dégustateurs : Dix sept.

  • Les notes sont de DS : Didier Sanchez + moyenne du groupe.

 

 

Ordre de dégustation :

 

  • Les rouges :

1. Pirate - Moulin à vent - Domaine de la Roseray 1947 :

DS14 - Note moyenne du groupe : 13,5 - Prix d'achat : 61,00 €. Prix de la côte actuelle : Aucune cotation.

Niveau 4,5 cm au dessous du bouchon. Le bouchon est sorti désintégré avec une bonne odeur de vin. Aucune trace de coulure sur la bouteille.

  • Robe limpide, claire, tuilée. Au nez la fraise domine avec aussi des parfums d’orange, de fruits, de tabac. La bouche est légère, courte avec cependant une certaine fraîcheur due à l’acidité.

 

2. Château Pontet Canet 1947 :

DS15 - Note moyenne du groupe : 14 - Prix d'achat : 78,50 €. Prix de la côte actuelle : 120 €

Niveau moyenne/limite basse épaule Le bouchon est sorti en deux morceaux en assez bon état et imprégné de vin à l'odeur de banyuls. Aucune trace de coulure sur la bouteille.

  • La couleur de la robe du vin évoque le café noir. Nez de caramel, ressemble à un Porto, on sent le sucre (cassonade), touche de vinaigre balsamique. En bouche présence d’acidité, sensation de maturité, tanins asséchants en finale. La ressemblance avec un Porto est frappante à la fois à l’œil et au nez.

 

 

 

3. Pirate - Côte-Rôtie -"Vidal Fleury" 1947 :

DS15,5 - Note moyenne du groupe : 15,5 - Prix d'achat : 100,00 €. Prix de la côte actuelle : 120 €

Niveau 4 cm au dessous du bouchon. Le bouchon est sorti en deux morceaux avec une bonne odeur de vin frais. Aucune trace de coulure sur la bouteille.

  • Robe claire, transparente. Des parfums de fraise, framboise et une certaine fraîcheur végétale sont perçus en olfaction. L’acidité domine en première bouche. Nous avons affaire à un vin puissant, équilibré, vif avec des perceptions de fruit, le tout dégageant de la finesse. Vin fin, bon, ne présentant pas de défaut.

 

°4. Cheval Blanc. Mise Eschenauer 1945 :

DS16,5 - Note moyenne du groupe : 16,5 - Prix d'achat : 90,00 €. Prix de la côte actuelle : 600 €

Niveau très basse épaule/limite vidange. Le bouchon est sorti entier, très (trop) facilement et extrêmement sec avec une odeur de poussière. Une grosse trace de coulure sur la bouteille.

  • On retrouve la robe couleur café noir décrite précédemment. Au nez, ce sont des parfums de rancio, caramel, viande séchée avec des pointes balsamiques, poivrées et iodées. La bouche est souple, puissante, équilibrée et évoque une grande maturité. Perception sucrée, de café et de griottes en finale. L’ensemble est long en bouche et empreint de finesse. Excellent vin.

 

5. Château Haut Brion 1947 :

DS15,5 - Note moyenne du groupe : 16 - Prix d'achat : 352,00 €. Prix de la côte actuelle : 750 €

Niveau haute épaule. Le bouchon est sorti désintégré, avec une odeur de cave humide, de vieille futaille rappelant les caves de bourgogne d’il y a 20 ans. Aucune trace de coulure sur la bouteille.

  • A l’œil on note une belle couleur rouge soutenu. Au nez ce sont des parfums de fruits, de cassis, truffe, cigare, tabac, fumée. En première bouche on retrouve l’acidité avec ensuite des perceptions de noyau de cerise, minérales. L’ensemble est plutôt dur en bouche et cependant fluet. La bouche reste fluette, moins complexe que le nez qui est superbe.

 

6. Château Margaux 1947 :

DS13,5 - Note moyenne du groupe : 13,5 - Prix d'achat : 261,00 €. Prix de la côte actuelle : 750 €

Niveau haute épaule. Le bouchon est sorti très sec, désintégré à odeur poussiéreuse. Aucune trace de coulure sur la bouteille.

  • Robe trouble, couleur café noir. Au nez ce sont des odeurs d’humus, écuries, sous-bois, vinaigre, évoquant un vin passé. La bouche est plutôt plate avec des sensations acides, un peu de fruit, de café, mais un goût de poussière reste dominant. L’ensemble est décevant et ne laisse pas un bon goût.

 

*7. Château Pétrus 1er grand cru Pomerol. Mise belge J. Vandermeulen –Ostende 1947 :

DS13,5 - Note moyenne du groupe : 15,5 - Prix d'achat : 1099,60 €. Prix de la côte actuelle : 2000 €

Bouteille de couleur orange. Niveau moyenne épaule. Le bouchon est sorti entier, très visqueux, imprégné de vin collant à l'odeur extrême d'écurie, de cheval. Aucune trace de coulure sur la bouteille.

  • A l’œil l’impression est superbe, couleur rouge noir profond, brillant, concentré. Le nez est puissant avec des notes sucrées, rancio, cerise noire, animales. La bouche est brûlante, acide, chaude sans finesse. Décevant.

 

  • Les Liquoreux :

8. Château Graveline 1ére Côtes de Bordeaux 1947 :

DS14,5 - Note moyenne du groupe : 15 - Prix d'achat : 77,50 €. Prix de la côte actuelle : Aucune cotation.

Niveau incroyable de haut goulot. Merci à Pierre Suderie qui a offert la bouteille. Le bouchon est sorti entier, intact, comme neuf !

  • Belle couleur dorée, vieil or. Le nez est jeune avec dominante cire, encaustique, safran, cèdre. En bouche aussi, on évoque la jeunesse. L’ensemble est frais, acide avec des notes d’abricot et d’amande. Vin surprenant pour cette impression de jeunesse, manque toutefois de complexité. Merci Pierre !

 

9. Barsac - Louis de Sernec 1947 :

DS15 - Note moyenne du groupe : 14,5 - Prix d'achat : 114,40 €. Prix de la côte actuelle : Aucune cotation.

Niveau incroyable de bas goulot. Le bouchon est sorti en deux morceaux, non imprégnés, un peu secs.

  • Robe vieil or, visqueuse. Au nez belles senteurs de fleurs, citronnelle, mandarine amère. La bouche est décevante avec des notes de café, vin d’orange et une légère amertume. L’ensemble manque de complexité, mais reste relativement jeune.

 

 

10. Sauternes - Agneau blanc Liquoreux 1945 :

DS16 - Note moyenne du groupe : 16,5 - Prix d'achat : 166,00 €. Prix de la côte actuelle : 180 €

Niveau haute épaule. Le bouchon est sorti en deux morceaux, imprégnés, à la très bonne odeur de vin muté. Aucune trace de coulure sur la bouteille.

  • Robe ambrée, couleur caramel, cognac. Au nez parfum d’orange confite, cire. La bouche est fraîche, avec des perceptions de café et caractérisée par une bonne longueur. L’ensemble manque toutefois de gras

 

11. Château Gilette " Doux" 1945 :

DS14,5 - Note moyenne du groupe : 14,5 - Prix d'achat : 135,00 €. Prix de la côte actuelle : 160 €

Niveau haute épaule. Le bouchon est sorti désintégré, imprégné, à la très bonne odeur de cire. Aucune trace de coulure sur la bouteille.

  • Robe dorée. Le nez évoquant le rancio, l’orange amère, reste simple. En bouche, dominante sur l’orange amère. L’impression d’ensemble est celle d’un vin simple.

 

Conclusion : (Didier Sanchez)

  • Malheureusement (ce n’est pas une surprise, car la dégustation de vieux millésimes est toujours risquée) 2 vins ont mal vieilli : Margaux et Pétrus. Margaux, par sa robe trouble, a certainement "chauffé" et Pétrus avec un très mauvais bouchon qui a contaminé le vin.

  • Heureusement (et là c'est une surprise) un vin sur lequel on n'aurait pas parié un euro, s'est révélé magnifique : Cheval Blanc 45 avec un niveau pratiquement de vidange et une grosse coulure par le bouchon. Comment doit il être avec un bon niveau !

  • Une confirmation : les millésimes chauds de cette époque étaient vraiment très concentrés, épais, avec une impression de porto sec.

  • L'ensemble des nez était d'une complexité ravissante : de vrais bouquets, avec des arômes inédits que l'on rencontre uniquement avec de vieux vins.

  • Pour ce qui concerne les liquoreux, il est impressionnant de constater la fusion du sucre avec le temps : aucune impression de sucrosité, tout est fondu, avec une fraîcheur dominante. Nous pensons quand même que la concentration en sucre de l'époque, était inférieure à celle des vins modernes.

  • Bien entendu, dégustation d'un niveau décevant eu égard à la réputation des millésimes. Aucun vin à 18 ou 19… Mais tout le monde a été unanime pour dire que, pour rien au monde, il n'aurait laissé sa place.

  • Il est clair que l'achat de vins vieux (en veillant aux niveaux) ne doit concerner que les années exceptionnelles et uniquement les réussites par château. Nous aurons l'occasion, cette année, de faire 2 verticales de châteaux bordelais avec des millésimes tels 28, 45, 47, 59 et 61.

  • Ce compte rendu ne concerne que l'aspect "technique" de la dégustation. Il ne reflète en aucun cas l'excellente ambiance, la convivialité, le rêve, l'impression de participer à quelque chose d'unique, la fête qui a entouré cette dégustation. Un repas était prévu et pour rester dans les vieux millésimes, nous avons terminé avec un excellentissime champagne 1976 de Fallet-Prevostat, dégorgé en 2003.

 

 

*Pétrus 1947 : Il s'agit de la mise belge J. Vandermeulen –Ostende régulièrement bien noté et reconnu comme étant la meilleur mise, au niveau de celle du château, par les courtiers et experts en vin Jusqu’en 1960, les vins étaient livrés chez les négociants étrangers et quittaient notre territoire en fûts. Ils étaient mis en bouteille par ces négociants dans leurs pays, y compris le Château PETRUS. J'ai téléphoné à M. BERROUET (maître de chais au Château Pétrus) qui m’a confirmé que c’était bien un PETRUS, qu’il est différent de celui mis en bouteille en France en ce sens qu’il était conservé un peu plus longtemps en fût que chez nous. Il est vrai qu’il n’y a pas de classification en Pomerol, c’est toujours vrai aujourd’hui. Ce sont des étrangers (des Belges pour cette bouteille) qui mettaient en bouteilles, d’où l’étiquette «non officielle» de ce flacon et son appellation "1er Grand Crû Pomerol". Cette bouteille a été conservée depuis sa sortie chez un restaurateur Parisien, en cave sous sol. J'ai acheté cette bouteille en avril 2004 aux enchères 1099,60 euros. Une deuxième bouteille vient de se vendre hier à 1510 euros. Son prix de cotation est de 2000 euros et le prix de la bouteille avec la vraie étiquette PETRUS est de 3000 euros.

°Cheval Blanc 1945 : La bouteille est très basse épaule/limite vidange d’où le "petit prix" de 90 euros (prix de cotation 600 €)

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